Coordination : Christelle
Pasturel

A Dakar, en répliquant aux propos de Nicolas Sarkozy, elle a fait honneur à la France.
Prononcé suffisamment tôt dans le quinquennat, en plein été, le discours de Dakar n’a pas provoqué la polémique qu’il aurait dû engendrer. Je vous laisse en juger :
« Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable ou tout semble être écrit d’avance. Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin. Le problème de l’Afrique et permettez à un ami de l’Afrique de le dire, il est là. Le défi de l’Afrique, c’est d’entrer davantage dans l’histoire. C’est de puiser en elle l’énergie, la force, l’envie, la volonté d’écouter et d’épouser sa propre histoire. »
Ce discours aux relents néocolonialistes est une véritable honte pour notre pays et la relation que nous entretenons avec l’Afrique. À quoi donc ont pu penser Henri Guaino et Nicolas Sarkozy pour aller insulter l’Afrique en étant invités à Dakar ?
À Dakar, la voix de la France était poitevine
Ségolène Royal, qui est née à Dakar, a profité d’un voyage au Sénégal pour demander « pardon pour ces paroles humiliantes et qui n’auraient jamais dû être prononcées et qui n’engagent pas la France. Car vous aussi, vous avez fait l’histoire, vous l’avez faite bien avant la colonisation, vous l’avez faite pendant, et vous la faites depuis. ». Bien sûr, la candidate de 2007 ne représente pas notre pays, mais je la remercie pour cette intervention qui tempère les propos outrageux du président.
Bien sûr, elle ne représente pas notre pays, mais le débat sur cette question n’est-il pas un moyen un peu habile pour détourner la conversation. Car qu’est-ce qui est le plus choquant : les propos de Nicolas Sarkozy ou le fait que Ségolène Royal s’en excuse ? Pour moi, il n’y a pas photo et le gaulliste que je suis comprend que les paroles et les actes de nos dirigeants peuvent occasionnellement ne pas engager notre pays. Pour moi, c’est Ségolène Royal qui porte la voix de la France en cette occasion.
D’autres lui reprochent de parler bien tard. Mais le poids de cette excuse est tout autre à Dakar même, et je trouve au contraire remarquable qu’elle le fasse à l’endroit même où Nicolas Sarkozy avait tenu ces propos. De toutes les façons, le plus important est clairement le fond du sujet : le président avait-il raison ou non de tenir ses propos « maladroits » selon Bernard Kouchner ? Et sur le fond du dossier, je crois qu’elle a raison de dénoncer des propos que Dominique de Villepin avait déjà critiqués.
Malgré tout, je ne regrette pas d’avoir voté Ségolène
Royal au second tour de l’élection présidentielle en 2007. En s’excusant pour les propos tenus par Nicolas Sarkozy à Dakar, elle me conforte dans ce choix. Pour la France, et pour l’Afrique
également, merci Ségolène Royal.
Marianne
Alain Touraine, sociologue, est connu et traduit dans le monde entier. Ses premiers travaux ont porté sur l’évolution du travail dans les usines Renault.
Les réflexes conditionnés ont un problème, celui de leur prévisibilité dans le calendrier mondain, pris en sandwich entre la dette mémorielle et la repentance amnésique.
Que les pros truc et les anti machin aient l’obligeance de s’aimer hypocritement ou de s’entretuer honnêtement une bonne fois pour toute, afin que l’on puisse échapper aux rhétoriques des spécialistes du passé nous construisant des généralités pour le futur.
Bonne volonté empathique, ethnique ou opportunisme économique ou théologique, quoi qu’il en soit le fantasme africain appartient à ceux qui n’en veulent pas, qui n’en veulent plus.
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http://souklaye.wordpress.com/2009/03/26/bloc-note-tintin-en-afrique/